Plaidoyer religieux pour la laïcité en Israël, par Julien Pellet

« Ne lis pas ‘gravés’, mais ‘liberté’ » – Plaidoyer pour la en Israël

En ces temps de confinement propices à la réflexion, et dans une période rythmée par des fêtes évoquant les notions de liberté (Pessa’h), d’indépendance (Yom ha’Atsmaut) et d’acceptation du joug de la Loi (Shavu’ot), je reprends un texte en gestation depuis de nombreux mois et qui a trait aux liens unissant Etat et religion dans l’Etat moderne d’Israël. A vrai dire, ce texte n’a pas pour ambition de brosser un état des lieux de ces liens : d’autres, bien plus compétents que moi en la matière, l’ont fait et continuent à le faire (j’indiquerai à la fin du texte un certain nombre de liens et d’ouvrages permettant de se faire une idée assez nette sur le sujet) ; je me contenterai de rappeler ici que si l’Etat d’Israël n’est, et de loin, pas une théocratie[1], la place qu’y occupe la religion (juive en particulier, mais pas uniquement) est centrale, et son poids se fait sentir non seulement dans la vie publique, mais également jusque dans la vie privée et intime des citoyens, y compris lorsque ceux-ci ne se sentent pas, à titre personnel, liés par cette religion (je pense en particulier aux mariages et aux divorces, lesquels sont entièrement régis par la réglementation religieuse, ce qui pose de très nombreux et douloureux problèmes). L’idée de ce texte est plutôt d’exprimer un point de vue qui, sans être unique ni particulièrement révolutionnaire, n’en est pas moins « original » dans le petit monde du judaïsme francophone en Israël : celui d’un Juif religieux et sioniste en faveur d’une séparation entre religion et Etat dans ce pays.

Permettez-moi tout d’abord de me présenter, afin de mieux exposer ma conception de la laïcité (qui diffère quelque peu de celle de mes amis français) ainsi que ma position sur le plan religieux et « nationaliste ». A l’instar de la plupart des lecteurs de ce blog, je suppose, j’ai grandi dans un pays où l’appartenance à telle ou telle religion et la pratique, ou non-pratique, qui en découle sont considérées essentiellement comme une question d’ordre privé : en effet, si une véritable séparation entre Etat et religion n’est de mise que dans deux de ses cantons[2], la Suisse connaît néanmoins, à l’échelon fédéral, le principe de « neutralité confessionnelle » et garantit la liberté de conscience et de croyance, laquelle comprend « le droit de choisir librement sa religion ainsi que de se forger ses convictions philosophiques et de les professer individuellement ou en communauté », de même que l’assurance de ne pas « être contraint d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir, d’accomplir un acte religieux ou de suivre un enseignement religieux »[3]. En dépit de quelques entorses à ce principe[4], la « paix confessionnelle » est ainsi largement maintenue dans la Suisse contemporaine, ce qui n’a pas toujours été le cas, tant s’en faut[5] !

Mon expérience personnelle en tant que membre d’une minorité religieuse fut toujours, du moins concernant mes relations avec les autorités et leurs représentants, celle d’une grande liberté : liberté de ne pas pratiquer la religion majoritaire, tout comme liberté de pratiquer la mienne. C’est pourquoi, sans être un « laïcard », je suis profondément attaché au principe de neutralité confessionnelle de l’Etat, que je considère comme l’un des piliers d’une démocratie saine. Et si j’ai cette préoccupation pour mon pays natal, fort d’une longue tradition démocratique, à combien plus forte raison devrais-je l’avoir pour le pays dans lequel j’ai choisi de vivre, et dans lequel la notion de démocratie et sa définition sont encore sujettes à débat. Cet attachement à la laïcité me vient également de ce que nous apprend l’Histoire : un Etat dans lequel la religion s’unit au pouvoir s’engage de manière quasiment certaine sur une pente très dangereuse. C’est donc un positionnement citoyen, dans lequel je m’inscris indépendamment de mes convictions religieuses : ce qui me semble bon et juste dans tel ou tel pays devrait l’être également en Israël, et ce qui me semble dangereux dans tel ou tel pays l’est tout autant en Israël. Mais ce n’est pas tout : en Israël, ce positionnement citoyen se double, à mes yeux, d’une exigence… religieuse ! La laïcité comme éthique religieuse (mais sans en faire une religion !), voilà le paradoxe que je me propose de développer dans ce texte.

Bien qu’étant très peu adepte des étiquettes et des catégorisations, je pense que la définition qui me conviendrait le mieux sur le plan religieux est celle de juif pratiquant traditionnaliste : en clair, je m’efforce de respecter du mieux que je peux les divers commandements de la Torah, sans (trop) pencher du côté de l’orthodoxie ni de la réforme, tout en restant ouvert sur les mondes non-juif et non-religieux et capable de critiquer le monde religieux lorsque celui-ci me semble faire fausse route. Cette définition ne m’a pas toujours correspondu, et si c’est le cas actuellement, c’est le résultat d’une évolution courant sur près de quatre décennies et qui n’est certainement pas terminée : nettement plus religieux aujourd’hui qu’à l’âge de ma bar-mitsva, mais sans conteste moins « frum » qu’à 25 ans ; bien plus « savant » aujourd’hui qu’à l’époque où je ne parvenais qu’à ânonner les prières, mais ô combien plus conscient de mon ignorance qu’à l’époque où je décrétais péremptoirement que « telle est la halacha (loi religieuse), un point c’est tout » ! Je suis attaché au respect des mitsvot (commandements) et des coutumes religieuses ; j’aime l’ambiance du Shabbat à Jérusalem et le calme presque irréel qui enveloppe la ville à Yom Kippur ; lorsque je me suis marié, il était impensable pour moi de ne pas le faire sous une ‘huppa (dais nuptial symbolisant l’union religieuse) et selon les formes prescrites ; j’ai conscience que ni le peuple juif ni l’Etat d’Israël ne sont un peuple ou un Etat « comme les autres » et, sans accorder de valeur religieuse à l’Etat lui-même ni à ses institutions, je vois dans le retour du peuple juif sur sa terre et dans le rétablissement d’une nation juive indépendante l’accomplissement de prophéties écrites il y a près de 2000 ans ; enfin, malgré mon peu de goût pour les manifestations de patriotisme exacerbé, je célèbre Yom ha’Astmaut (le jour de l’indépendance) comme un jour doté d’une certaine signification religieuse. Et pourtant… je suis pour l’instauration du mariage civil en Israël, pour que les commerces le désirant puissent ouvrir le jour du Shabbat (en échange de la garantie qu’aucun employé ne sera contraint ou « encouragé » à travailler ce jour-là) et vendre du ‘hametz durant la fête de Pessa’h[6], pour que le Grand Rabbinat ne soit plus un organe de l’Etat mais devienne une institution indépendante, etc… bref pour une séparation de la Synagogue et de l’Etat.

Ce positionnement est lié à ma lecture et ma compréhension d’un célèbre commentaire de nos sages : au sujet du verset « Et ces tables étaient l’ouvrage de Dieu ; et ces caractères, gravés sur les tables, étaient des caractères divins »[7], ceux-ci nous disent en effet : « Ne lis pas ‘gravés’ (‘harut) mais ‘liberté’ (‘herut), car il n’est d’homme libre que celui qui s’adonne à l’étude de la Loi »[8]. Comment comprendre cette lecture, qui semble faire de la Loi le paradigme de la liberté ? Une lecture d’autant plus troublante qu’à en croire les sages eux-mêmes, le don de la Torah aux Hébreux se serait déroulé de la manière suivante : « Le Saint béni soit-Il a renversé la montagne au-dessus de leur tête comme une barrique et leur a dit : ‘Si vous acceptez la Torah, c’est très bien ; sinon, ici sera votre tombeau’ »[9]. Comment diable peut-on dire d’une loi imposée de manière aussi violente qu’elle est synonyme de liberté ?

Pour répondre à cette question, un petit détour par une discipline que l’on nomme « psychologie des foules » peut s’avérer utile et instructif : en effet, de nombreux travaux tendent à démontrer que, lorsqu’il fait partie d’une foule, l’individu perd une part plus ou moins importante de son libre-arbitre et n’est plus tout à fait maître de ses réactions, ni de son comportement. Selon ces études et expériences, que je me trouve au milieu de supporters lors d’un match de football, hurlant des slogans au cœur d’une manifestation ou simplement dans une foule de touristes, « je » n’existe plus tout à fait, du moins en tant qu’individu distinct de la masse. Gustave Le Bon, père de la discipline, écrit ainsi en 1895 que « l’individu en foule acquiert, par le fait seul du nombre, un sentiment de puissance invincible qui lui permet de céder à des instincts que, seul, il eût forcément refrénés. Il sera d’autant moins porté à les refréner que, la foule étant anonyme, et par conséquent irresponsable, le sentiment de la responsabilité, qui retient toujours les individus, disparaît entièrement. […] Dans une foule, tout sentiment, tout acte est contagieux, et contagieux à ce point que l’individu sacrifie très facilement son intérêt personnel à l’intérêt collectif. C’est là une aptitude fort contraire à sa nature, et dont l’homme n’est guère capable que lorsqu’il fait partie d’une foule. »[10] Quelques années plus tard, dans Psychologie des foules et analyse du moi, Sigmund Freud décrit à son tour les symptômes de l’individu soumis au pouvoir de la foule : « disparition de la personnalité individuelle consciente, orientation des pensées et des sentiments dans des directions identiques, prédominance de l’affectivité et du psychisme inconscient, tendance à la réalisation immédiate des desseins qui surgissent »[11].

Reprenons notre lecture : qui a accepté la Loi ? Une somme d’individus prenant chacun le temps de réfléchir, de peser le pour et le contre, ou une foule indistincte ? Le célèbre commentateur Rashi[12] répond sans équivoque : le peuple était alors « comme un seul homme, d’un seul cœur »[13]. Et force est de reconnaître que l’enthousiasme quasi-délirant rapporté par le texte – « Le peuple entier répondit d’une voix unanime : ‘Tout ce qu’a dit l’Eternel, nous le ferons !’ »[14] – ressemble plus à un phénomène de masse irrationnel qu’à l’adhésion libre et réfléchie à une loi régissant chaque détail de la vie quotidienne… et tel était peut-être d’ailleurs l’effet voulu et recherché par Dieu ! On peut en effet imaginer que si chacun des Hébreux avait pu prendre le temps de réfléchir à ce que signifiait un tel engagement, s’isolant pour ce faire du reste de la foule, nous aurions pu compter sur les doigts d’une seule main les cas d’assentiment inconditionnel. Et vu l’incommensurable importance que revêtait l’acceptation de la Torah par le peuple juif dans son ensemble (selon Rashi, la Création tout entière se trouvait en sursis jusqu’à ce moment précis, menacée d’un retour au chaos initial si Israël n’avait pas accepté la Loi ![15]), Dieu n’aurait, s’il est permis de s’exprimer ainsi, pas eu d’autre choix que de passer par cette forme de viol de la conscience individuelle.

S’il en est ainsi, où est la liberté dont nous parlent les sages ? Il convient à ce titre de distinguer deux niveaux : le collectif et l’individuel, le peuple et ses membres. Au niveau collectif, comme nous l’avons vu, il ne saurait exister de libre choix : l’acceptation par Israël de la Loi étant une condition sine qua non de l’existence même du monde, l’enjeu est tout simplement trop important pour laisser au peuple la possibilité, même théorique, de refuser. Cela marche d’ailleurs dans les deux sens : selon le Maharal de Prague[16], en agissant de la sorte, Dieu n’aurait rien moins que violé (métaphoriquement) le peuple ; l’explication qu’il donne est que, de même que la halacha oblige en principe le violeur à épouser sa victime sans jamais pouvoir la répudier, ainsi Dieu aurait-il voulu se lier au peuple juif à tout jamais[17]. Mais cette absence de liberté ne s’applique qu’au niveau collectif ; au niveau individuel, c’est à chacun des membres du peuple de déterminer, en son âme et conscience, s’il désire adhérer à la Loi acceptée par le peuple. Le tout valant plus que la somme de ses parties (dans le cas présent : le peuple juif passé, présent et à venir, avec tout ce qu’il représente, valant plus que la somme de tous les individus qui l’ont composé, le composent aujourd’hui et le composeront demain), il s’ensuit qu’il n’est pas indispensable que chaque juif accepte la Loi pour que celle-ci soit considérée comme acceptée par le peuple ; en d’autres termes, l’acceptation unanime et inconditionnelle au Mont Sinaï suffit pour que la Loi engage le peuple sur le (très) long terme, tout en permettant à chaque juif de décider librement de son propre engagement quant à cette Loi. De là, la dualité du terme חרות, ‘harut / ‘herut, dans le verset cité plus haut : l’écriture divine est bien gravée (‘harut), c’est-à-dire fixée de manière irréversible, pour le peuple qui, en tant que collectivité n’a pas et n’aura jamais la possibilité de s’en défaire ; mais elle est liberté (‘herut) pour l’individu juif qui a, à chaque instant, le choix d’y adhérer ou non.

Lorsque je décide, en toute conscience et de mon propre chef, de respecter Shabbat, de manger kasher, de respecter les règles relatives à la vie conjugale, etc, alors je peux considérer que la Loi est pour moi synonyme de liberté. Car c’est par un libre choix que je m’y astreins, et non parce qu’elle m’aurait été imposée par une quelconque autorité ou par une foule dont seule une portion de moi faisait partie. Et ce choix – qui implique donc, pour être un véritable choix, la possibilité de ne pas respecter toutes ces règles – c’est chaque semaine, chaque jour, chaque heure qu’il m’est donné de le réitérer. Mais si c’est un autre qui décide pour moi, alors non seulement je ne suis pas libre, mais mes mitsvot sont également vides de sens : quelle valeur peut avoir le fait de s’abstenir, par exemple, de manger du porc si je n’ai de toute façon pas la possibilité matérielle de le faire ? Pour qu’un tel choix ait un sens et une valeur, il faut nécessairement que les autorités compétentes me laissent la possibilité de faire le choix inverse. Ce que Moses Mendelssohn, dans son ouvrage Jérusalem, ou Pouvoir religieux et judaïsme (1783), résume en deux phrases : « Actions religieuses sans pensées religieuses sont un jeu vide de marionnettes, non un culte. Elles doivent donc venir en elles-mêmes, de l’esprit, et ne peuvent ni être acquises par récompense ni contraintes par des punitions. »[18]

En clair : si Israël devait devenir un Etat uniquement régi par la halacha, il ne serait plus peuplé de juifs religieux ou laïques mais uniquement de citoyens obéissants ou non à la loi de l’Etat ; si par contre Israël décidait de séparer la religion de l’Etat, en laissant à ses citoyens la possibilité de commettre les pires transgressions, il leur offrirait par la même occasion la possibilité d’être véritablement et authentiquement respectueux de la halacha, et ce par un libre choix constamment réitéré. Ce que le professeur Yeshayahou Leibowitz, fervent religieux et farouche opposant à une halacha d’Etat, exprimait en ces termes[19]: « Il n’existe pas de plus grande dégradation de la religion, et rien ne diminue davantage son pouvoir de persuasion et d’influence et ne l’empêche davantage de toucher les cœurs, que des institutions religieuses dirigées par un Etat séculier ; qu’un sceau religieux apposé à des fonctions séculières ; que des obligations et interdictions religieuses intégrées à titre d’exceptions dans un arsenal juridique séculier ; qu’un pouvoir séculier imposant au public une sélection arbitraire de révélations religieuses sans s’astreindre, ni astreindre le public, à reconnaître l’autorité de la religion ; qu’une religion détournée du divin pour servir des intérêts politiques. »


Dans quelques jours, nous célébrerons la fête de Shavu’ot, « temps du don de notre Torah » selon les textes que nous réciterons en ce jour. Cette fête est habituellement l’occasion de renouveler, à titre individuel et chacun selon son niveau et ses capacités, notre attachement à la Loi ; peut-être devrions-nous également y voir l’occasion d’affirmer notre attachement à notre liberté de nous attacher à cette Loi. « La liberté, c’est de choisir ses contraintes », pour reprendre une très belle formule de l’écrivain-paysan suisse Jean-Pierre Rochat[20] ; puissions-nous voir le jour où l’Etat juif, démocratique et laïc, permettra à chacun de ses citoyens d’accéder à cette forme de liberté.

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Quelques lectures utiles :

  • Greilsammer Ilan, Religion et Etat en Israël, Editions du Cerf 2013
  • Trigano Shmuel (dir.) et al., Y a-t-il un espace public dans le judaïsme ?, revue Pardès no 62, Editions In Press 2019
  • Chriqui Philippe (dir.) et al., Le politique dans la pensée juive, revue Mikhtav Hadash no 7, Editions Hermann 2018
  • Leibowitz Yeshayahou, Peuple, Terre, Etat, Editions Plon 1995
  • La section du site du Israel Democracy Institute consacrée aux relations entre Etat et religion : https://www.idi.org.il/tags/1666 (en hébreu), https://en.idi.org.il/tags-en/1470 (en anglais)
  • Les laïcs d’Israël, dossier du mois de septembre 2019 du site Menora.info : https://www.menora.info/les-laics-disrael/
  • Le site de l’initiative connue sous le nom de « pacte Gavison-Medan », du nom de deux personnalités atypiques et dont la démarche, qu’on y adhère ou non, ne peut que forcer le respect : Ruth Gavison, professeure de droit à l’Université Hébraïque de Jérusalem se définissant comme laïque, et le rabbin orthodoxe Yaakov Medan : https://gavison-medan.org.il (en hébreu), https://gavison-medan.org.il/english/ (en anglais). Le « pacte », publié en 2003 après plus de trois ans de travail et discussions entre les deux auteurs, propose une forme de modus vivendi qui pourrait être acceptable aussi bien pour les laïcs que pour les religieux, dans à peu près tous les domaines de la vie publique ; depuis sa publication, il a servi de modèle pour un grand nombre d’initiatives publiques ou privées et certaines parties du texte ont été intégrées à des propositions de loi.
  • Le site de l’organisation Tsohar, qui occupe une place particulièrement intéressante dans le débat sur la place de la religion en Israël : regroupant plus d’un millier de rabbanim et éducateurs appartenant essentiellement au courant dati-leumi (national-religieux), l’organisation n’est pas précisément un porte-drapeau de la laïcité ; son combat pour briser le monopole du Grand Rabbinat israélien concernant les mariages et la kashrut (lois alimentaires), notamment, et son approche non-coercitive lui ont cependant valu la sympathie et le soutien d’une large partie du public peu ou pas religieux : https://www.tzohar.org.il (en hébreu), https://tzohar-eng.org/ (en anglais). (A ce sujet, voir également ce texte, écrit par votre serviteur en 2015 : https://frblogs.timesofisrael.com/les-rabbins-de-tzohar-disciples-modernes-de-hillel/)
  • Le site du Forum laïc (haforum ha’hiloni), qui cherche à lutter contre le phénomène de hadata (terme difficilement traduisible en français et désignant la mainmise croissante, qu’elle soit réelle ou seulement ressentie comme telle, de la religion dans l’espace public israélien – armée, enseignement, service public, etc.) : https://www.hiloni.org.il (en hébreu), https://www.hiloni.org.il/the-secular-forum (en anglais).
  • Le site de l’organisation ‘Hofesh(‘liberté’), qui lutte contre la coercition religieuse et a notamment publié un « Guide pour le laïc perplexe » (allusion évidente au célèbre Guide des perplexes de Maïmonide) : https://www.hofesh.org.il (en hébreu), https://www.hofesh.org.il/english/index.html (en anglais).
  • Le site de l’association ‘Hidush, qui milite pour la séparation entre Etat et religion et pour l’égalité des droits (le terme ‘hidush signifie ‘renouveau’ mais est également l’acronyme de ‘Hofesh Dat veSHivion, soit ‘liberté de religion et égalité’) : http://www.hiddush.org.il/default.aspx (en hébreu), http://hiddush.org/Default.aspx (en anglais).

[1] D’après la définition communément admise, le terme de théocratie désigne une forme de gouvernement dans laquelle « le pouvoir, considéré comme émanant de Dieu, est exercé par ceux qui sont investis de l’autorité religieuse ou par un souverain considéré comme le représentant de Dieu sur la terre ou comme un dieu incarné » (https://www.cnrtl.fr/definition/théocratie). Si l’on s’en tient à cette définition, il n’y a donc aucune équivoque possible : non, l’Etat moderne d’Israël n’est pas, et n’a jamais été, une théocratie. Ni le Premier Ministre, ni le Président ne sont investis d’aucune autorité religieuse, encore moins sont-ils considérés comme les représentants de Dieu (sans même parler d’une incarnation divine, idée totalement hérétique pour le judaïsme) ! Et quand bien même une certaine frange du mouvement national-religieux (dati-leumi) considère l’Etat d’Israël comme étant « le fondement du trône de Dieu sur terre » (selon l’expression du rav Avraham Isaac haCohen Kook, dans son ouvrage Orot Israel VI, 7) , ce n’est pas ainsi que l’Etat se définit lui-même et aucun des textes fondant son autorité n’a recours à des arguments de type religieux ; la Déclaration d’Indépendance est à cet égard un modèle de laïcité, trouvant la légitimité de l’établissement d’un Etat juif dans « le droit naturel et historique du peuple juif […] reconnu par les Nations Unies » plutôt que dans la Bible (qui n’est citée que comme contribution culturelle du peuple juif à l’humanité) et préférant la périphrase « Rocher d’Israël » à l’évocation d’une divinité souveraine qui laisserait moins de place à l’interprétation.

[2] Fédéralisme oblige, chacun des 26 cantons formant la Confédération helvétique décide souverainement de la relation qu’il désire établir sur son sol entre Etat et religion, tant que cela ne contrevient pas au droit fédéral ; si les cantons de Neuchâtel et de Genève ont opté pour la séparation, il existe de nombreuses autres modalités. Ainsi le Canton de Vaud, qui m’a vu naître et grandir, établit l’Eglise évangélique réformée et l’Eglise catholique romaine comme « Eglises de droit public » tout en laissant la porte ouverte à la reconnaissance d’autres « communautés religieuses d’intérêt public » ; depuis 2002, « la communauté israélite, telle qu’elle est établie dans le canton » est expressément reconnue comme telle par la Constitution vaudoise (art. 170 et 171).

[3] Art. 15 de la Constitution fédérale ; il est intéressant toutefois de noter que cette même Constitution débute par les mots : « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! Le peuple et les cantons suisses, conscients de leur responsabilité envers la Création […] ».

[4] Je pense notamment à l’interdiction de l’abattage d’animaux selon les rites juif et musulman et à l’interdiction de la construction de minarets, toutes deux résultant d’une votation populaire (en 1893 pour la première, en 2009 pour la seconde).

[5] Peu de gens savent que l’Etat fédéral tel que nous le connaissons aujourd’hui doit sa naissance, en 1848, à une courte (mais sérieuse) guerre civile opposant cantons catholiques et protestants : le Sonderbund. Voir à ce sujet :

https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/017241/2012-12-20 et

[6] Selon la loi juive, le ‘hametz (tout produit fermenté provenant de l’une des céréales suivantes : blé, orge, seigle, avoine, épeautre) est interdit à la consommation durant toute la durée de la fête de Pessa’h ; cette interdiction s’étend également au fait d’en posséder, à tel point qu’une véritable chasse au ‘hametz est organisée dans les foyers religieux à l’approche de la fête. Et même une fois la fête terminée, la consommation de ‘hametz ayant appartenu à un juif pendant Pessa’h reste interdite. De nombreux commerces et restaurants en Israël, désireux de se débarrasser de leur ‘hametz tout en évitant le gaspillage et les pertes économiques, ont recours à une procédure de vente (à un non-juif) limitée à la durée de la fête de Pessa’h ; c’est pourquoi si vous entrez dans une épicerie ou un supermarché à cette période, vous verrez de nombreux étalages recouverts d’une bâche afin de soustraire à la vue des clients le ‘hametz qui, légalement, ne se trouve alors pas en possession des propriétaires du magasin.

[7] Exode XXXII,16

[8] Pirkeï Avot VI,2 – Le texte biblique étant écrit sans voyelle, il arrive souvent qu’un même mot (en l’occurrence, le mot חרות) puisse se lire de différentes manières suivant la vocalisation que l’on décidera de lui appliquer ; si la tradition fixe la manière dont ces mots doivent être lus pour comprendre le sens simple du verset dans lequel ils apparaissent, il n’est pas rare que les commentateurs nous indiquent les autres lectures possibles afin d’en tirer des enseignements moins obvies.

[9] Traité Shabbat 88a

[10] G. Le Bon, Psychologie des foules, 1895 ; texte consultable en version électronique à cette adresse :

http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/psychologie_des_foules_PUF/Psychologie_des_foules.pdf

[11] S. Freud, Psychologie des foules et analyse du moi, trad. P. Cotet, A Bourguignon et alii, in Essais de psychanalyse, Paris, Payot & Rivages, 2001, pp. 211-214 (cité in : La Boétie, Discours de la servitude volontaire, dossier réalisé par Raphaël Ehrsam, Flammarion 2016, pp. 224-225)

[12] Rabbi Shlomo Yitshaki, plus connu sous l’acronyme Rashi, vivait en France au XIe siècle ; il est l’un des commentateurs incontournables de la Torah et du Talmud.

[13] Commentaire sur Exode XIX,2

[14] Exode XIX,5

[15] Commentaire sur Genèse II,31

[16] Le rav Yehuda Loew ben Bezalel, plus connu sous l’acronyme Maharal (Morénu Harav Loew, ‘notre maître le rav Loew’) vivait à Prague au XVIe siècle ; il est l’auteur d’une importante œuvre religieuse et philosophique.

[17] Tiferet Israel, chap. XXXII

[18] M. Mendelssohn, Jérusalem, ou Pouvoir religieux et judaïsme, traduction Dominique Bourel, Gallimard 2007, p. 70.

[19] Dans un texte publié en 1959 et que l’on peut consulter ici (en hébreu) :

http://www.leibowitz.co.il/leibarticles.asp?id=30 et ici (en anglais) :

http://www.leibowitz.co.il/leibarticles.asp?id=84

[20] https://www.facebook.com/watch/?v=1029354694115453

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