La Torah serait-elle raciste ?

Suite au récent verdict, signé par une cinquantaine de rabbins israéliens, interdisant la vente ou la location d’appartements à des non-juifs, j’ai jugé nécessaire de publier cet article du Rav Yehouda Gilad. Le Rav Gilad, gendre duRav Yehouda Amital zatsal, est le Rosh Yeshiva de Maalei Gilboa ainsi que le Rav du Kiboutz Lavi. Il fait parti des grands représentant du monde Modern Orthodox en Israël. Le Rav Gilad exprime son opposition au verdict dans une lettre intitulée « ani mitbayesh », j’ai honte.

J’ai honte, Par le Rav Yehouda Gilad

« Il y a quelques rares moments dans ma vie ou je me sens honteux, en tant que juif croyant, en tant qu’homme respectant la Halakha et portant le titre de Rav. Un de ces moments, c’est quand je vois le verdict signés par les rabbanim, interdisant de façon catégorique la vente ou la location d’appartements à un non-juif, en Israël. Pour moi, ce verdict est une perversion de la Halakha, une atteinte à la morale et à l’humanité ainsi qu’un Hiloul Hashem [profanation du nom] public.

Toute personne connaissant, ne serait-ce qu’un peu, le monde de la Halakha sait qu’il est possible de citer des versets, des enseignements talmudiques et des lois afin de justifier quasiment toutes attitudes. Il y a, dans la littérature religieuse, des enseignements conduisant à des conclusions différentes et opposées, pour des époques et des causes variées. C’est également le cas à propos des non-juifs. D’un coté, il y a la position généralement acceptée dans la tradition juive, comme par exemple « Elles sont précieuses les créatures, créés à son image » (Avot III, 14) . D’un autre coté, il y a les enseignements comme « Le meilleur des non-juifs, tue le » (T.B Avoda Zara 26b), qui semble avoir été dit dans des circonstances extrêmes, à une époque ou nous étions sous le joug cruel des romains, est également présente dans nos sources. La sagesse des sages et des dirigeants juifs, à travers les époques, était de trancher la Halakha de façon à ce qu’elle soit vraie pour son époque et son lieu, tout en étant en accord avec la vérité de la Torah – d’une part – et sanctifiant le nom divin – d’autre part.

Au sujet de la vente ou de la location des maisons à des non-juifs en Israël, nous avons déjà le verdict des sages des dernières générations, avec à leur tête le Rav Herzog, premier Grand Rabbin d’Israël.

Ils ont tranché que le verset « Point de pacte avec eux, point de merci pour eux! »(Deut. 7,2) ne peut s’appliquer à notre réalité, en tant qu’Etat démocratique juif, membre de la famille des nations, qui s’est engagé devant le monde entier à garantir l’égalité à ses citoyens, sans distinction de race, de sexe ou de religion.

En tant qu’habitant de Galilée, je ne peux fermer les yeux devant un véritable problème existant dans quelques endroits précis et nécessitant une solution de niveau national. Maintenir le caractère juif de l’état est un sujet essentiel. Particulièrement au vue des voix, intérieures comme extérieures, remettant en question notre droit à avoir un foyer juif national. Cependant, il est de notre devoir de se souvenir que le caractère juif de l’état se mesure avant tout avec des paramètres moraux. La Torah nous met en garde des dizaines de fois sur l’importance de l’amour de l’étranger. Et vous aimerez l’étranger, car étrangers vous étiez en terre d’Égypte.

En tant que peuple qui souffrit tellement du racisme et de la discrimination, il est de notre devoir d’être un exemple dans notre rapport envers les minorités qui vivent avec nous. C’est cela la voie de la Torah et de la Halakha éternelle. Comme l’écrit le Rambam sur un autre sujet : « les lois de la Torah ne viennent pas apporter vengeance sur Terre, mais seulement clémence, bonté et paix » (Hilchot Shabbat II, 3). Toute personne à qui la Torah est chére doit s’élever contre ce verdict pervers. A ce propos les sages ont dit : « lorsqu’il y a un hiloul hashem, on ne prête pas garde au respect du rabbin ». »

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Une pétition vient d’être lancée par des rabbins et hommes politiques, le but étant de montrer l’opposition du peuple à ce « psak ».Son nom est plus que révelateur : « guerim hayitem« , « vous étiez des étrangers« .  J’invite les lecteurs à la signer : https://sites.google.com/site/gerimheyitem/

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