« Coup de gueule » d’un jeune religieux-sioniste, Partie II

Un de mes articles, « coup de gueule d’un jeune religieux-sioniste », avait suscité de nombreux commentaires parfois plutôt violents, voir méprisants (certains sont disponibles dans la rubrique commentaires sous l’article, d’autres ont été envoyés par emails).

Dans ce « coup de gueule », j’avais exprimé ma crainte face à une certaine extrême droite fanatique qui se développe peu à peu au sein même du monde sioniste-religieux.

J’avais rappelé qu’à l’origine, ce mouvement se devait de soutenir l’état et l’armée, et non de haïr les palestiniens, les gauchistes et autres. Ce mouvement devait être un pont entre les différents courants du monde israélien, et non créer encore plus de désunion.

J’avais aussi avancé l’idée que la multiplication des attentats par des individus porteurs de kippot tricotées n’était pas due au hasard…

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A cela, on m’avait objecté que j’étais « anti-sioniste » car je refusais de soutenir la montée d’un racisme religieux et nationaliste. On m’avait écrit que je faisais d’une exception, une généralité. Que je m’occupais du mauvais camp car les « méchants » ne sont pas les gentils et pacifistes juifs de Judée-Samarie mais les violents arabes des villages voisins qui les attaquaient sans raison…

Je tiens maintenant à corriger deux points :

Tout d’abord, je n’ai jamais dit ou pensé que tous les « colons » étaient des êtres barbares. La grande majorité d’entre eux sont des gens posés et modérés, animés par un idéal des plus louables.

Deuxièmement, je n’affirme pas non plus que le retrait des colonies rétablirait la paix dans la région.
Si je pense que ce retrait aurait pu éviter bien des ennuis s’il avait été fait après la guerre des six jours, il est clair que l’animosité qui s’est développée entre palestiniens et israéliens ne saurait plus se résoudre uniquement par un abandon des territoires.

Cependant, je pense qu’en tant que juifs, il est de notre devoir de pratiquer un bilan de conscience et de corriger les points où ça ne va plus. S’il est vrai que les palestiniens sont loin d’être des brebis innocentes, cela ne nous donne en aucun cas le droit d’agir comme eux.

Vouloir ressembler à nos ennemis, voilà une idée des plus stupides des et plus méprisables.

Lorsqu’un juif parle d’un arabe comme d’un animal, on ne peut se taire, même si ce juif est un rabbin réputé.

Lorsqu’une Yeshiva rédige un recueil de lois « d’assassinat de non-juifs » en prétendant qu’il s’agit là d’un travail purement théorique, il convient de crier haut et fort son mépris et de condamner ces dérives pseudo-juives et racistes.

Lorsqu’on entend des personnalités politiques prôner la déportation des populations arabes vers les pays musulmans, on peut tout à fait rappeler que c’était là l’idée originel de Hitler au « problème juif », sans pour autant instrumentaliser (banaliser ?) la Shoah.

Le peuple juif ne possède pas le monopole de la souffrance, notre dur passé, notre difficile présent et notre avenir incertain doit justement nous pousser à mieux comprendre la souffrance d’un autre peuple, même si celui-ci est notre ennemi, et non à la nier. Comprendre ne signifie pas faire des compromis, c’est uniquement donner un peu plus de considération à d’autres êtres humains.

Rappelons à chacun la célèbre histoire de Rabbi Meir et sa femme, Bruria, deux célèbres personnalités du Talmud. On nous raconte que des voyous faisaient souffrir Rabbi Meir, n’en pouvant plus, celui-ci se tourna vers le ciel et pria pour leur mort. L’entendant, Bruria sa femme le fit taire et lui dit « N’as tu pas honte ? Prie plutôt pour que leurs fautes disparaissent et non les fauteurs! ». Je n’ai certainement pas besoin de vous dire à qui le Talmud donne raison…


Voilà une éthique qu’il faudrait développer
.
Haïssons le terrorisme mais cherchons à comprendre les motivations du terroriste. Après tout, il s’agit également d’un humain soumis aux mêmes sentiments que nous. Comprendre le peuple palestinien nous rendra non seulement plus moral mais nous ferra également sortir de l’engrenage infernal qui consiste à dire que nous avons toujours raison. Tout le monde commet des erreurs, notre grandeur serait justement de les reconnaître.

Rappelons peut être aussi les paroles de Victor Hugo à la fin du Dernier jour d’un condamné , phrase emplie de bon sens et d’humanisme :

cette tête, élevez là, éduquez là, et vous n’aurez pas besoin de la couper.

Je tiens enfin à répondre à ceux qui m’affirmaient que je faisais d’un rien une montagne.

Ce qui m’a poussé à écrire ce nouvel article, c’est l’annonce de la démission de Pinhas Wallerstein, numéro deux du conseil de la Judée-Samarie.wallerstein.jpg

Cet homme a passé sa vie à encourager l’implantation dans les territoires, c’est un sioniste-religieux de la première heure, un des fondateurs du Gush Emunim, et une célèbre personnalité de droite.

Cependant, Wallerstein a choisi de démissionner car selon lui le conseil de Judée-Samarie refuse de prendre des distances claires avec les mouvements extrémistes. Pareillement, il a sévèrement condamné la politique du « prix à payer » qui consiste à attaquer une localité arabe chaque fois qu’une implantation juive est victime du terrorisme.

En d’autres mots, nous avons là un homme des plus informé estimant que les choses dérapent.

Félicitons cette droiture et honnêteté. Wallerstein ne renie en rien son idéal, il n’a pas non plus retourné sa veste. Ses convictions restent les mêmes (à savoir Oui aux colonies et Non à un état palestinien) cependant elles n’entravent pas son objectivité et son sens moral. Un exemple à suivre…

Le temps ne nous manque pas, nous pouvons tout à fait modifier la trajectoire, évitons simplement de fermer les yeux.

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