« Coup de gueule » d’un jeune religieux-sioniste

Si je vous disais qu’un israélien a été arrêté pour l’assassinat de plusieurs palestiniens, à votre avis quel serait son camp politique?

Si je vous disais que ce même israélien a également cherché à porter atteinte à la vie de célèbres intellectuels de gauche, auriez vous toujours une hésitation?

Si enfin je vous disais que ce personnage vit dans les territoires et porte une kippa tricotée, êtes vous vraiment surpris?

Bien que le « terrorisme juif » reste toujours extrêmement minoritaire, le lien qui unit Baroukh Goldstein, Ygal Amir ou Jack Teitel nous apparaît très clairement: leur appartenance au monde sioniste-religieux.

L’heure du bilan est arrivée: comment au sein d’une des fractions les plus modérées du monde israélien a pu germer un tel fanatisme?

N’oublions pas qu’historiquement , le mouvement sioniste religieux avait promis de soutenir l’état coûte que coûte, bien que celui-ci se composait de personnages profondément anti-religieux….

Que s’est t-il donc passé?

Il est clair que le grand chamboulement apparut au lendemain de la guerre de Kippour, avec l’émergence du Gush Emounim et des premières colonies. Après la grande crise provoquée par la guerre, l’état juif semblait bien fragile… est-ce pour le renforcer que certains choisirent d’aller peupler la Samarie? Ou peut être est-ce justement cette fragilisation qui permit à quelques isolés d’aller œuvrer pour la réalisation du « Grand Israël »?

En tout état de cause, la génération qui naquit à la suite de la guerre de Kippour a prit un tournant inquiétant…

J’ai encore lu aujourd’hui qu’un certain rabbin, Itshak Shapira, a décrété ,dans un livre tout récemment sorti, qu’un non-juif (entendez un arabe) qui ne respecte pas les lois noahides peut être tué (dois-je dire abattu?) sans aucun remord…. ne me demandez pas de quelle couleur est sa kippa….

On se souvient des questions posées aux Rabbins Kook et Goren à l’époque des premiers démantèlements: faut-il s’opposer passivement à la décision de l’état, ou doit-on se soumettre sans discuter?

Que demande aujourd’hui le jeune religieux à son Rav, élève de ces mêmes rabbins? Dois-je combattre les forces de l’ordre qui veulent nous faire quitter Hebron ou dois-je me contenter d’une protestation passive?

A vrai dire, si ce jeune a encore un doute, c’est qu’il fait toujours partie de la minorité modérée… que s’est-il donc passé ?

La réponse me semble évidente.

Le monde sioniste-religieux, autrefois représenté par le défunt Mizrahi, a longtemps fui l’étiquetage politique. Il était le parti neutre dont le rôle était de soutenir et d’aider le gouvernement au pouvoir. Après la guerre de Kippour, ce mouvement vira franchement à droite, une partie basculant dans l’extrême-droite…

Étant très peu suivi par la population israélienne, les juifs des colonies commencèrent à se renfermer sur eux-mêmes. Se sentant abandonnés et incompris, nombres d’entre-eux perdirent leur foi en l’état et l’armée.

Le mélange explosif provoqué par le sentiment de solitude et la tension engendrés par les attentats incessants des voisins arabes , ne pouvait déboucher que sur de graves dérives.

L’arabe étant l’ennemi numéro un, la première dérive à se faire sentir fut évidemment le racisme. Ce fléau envahit de plus en plus le monde sioniste-religieux. Les slogans comme « pas d’arabes, pas d’attentats » ou « la terre d’Israël aux enfants d’Israël » (qui ressemble étrangement à tous les slogans fascistes, de « la France aux français » de Le Pen jusqu’à «L’Allemagne aux Allemands » d’Hitler…) ont largement dépassé le cadre restreint des colonies…

Chez les plus coriaces, le racisme a déjà muté pour devenir une véritable haine de l’ennemi. Une haine qui, elle au moins, n’est pas raciste. Peu importe la religion et le grade, un ennemi est un ennemi. Il peut s’agir d’un professeur de gauche ou du premier Ministre, demain ce sera peut être le Grand Rabbin… comme on le sait la haine rend aveugle.

Comment contrer cela?

La réponse religieuse a toujours été la « teshouva », le retour. Retournonsaux origines de notre mouvement, nous sommes religieux ET sionistes , nous aimons l’état d’Israël et voulons que celui-ci se maintienne. Laissons de coté les fièvres messianiques, il est clair que Dieu préfère l’union de ses enfants sans « Grand Israël » au « Grand Israël » dans lequel régnerait la haine la plus totale.

C’est par pragmatisme que nous avons choisi de soutenir le mouvement sioniste même si celui-ci est totalement laïc. « Le Temple n’a pas besoin d’être construit par les prêtres » disait le Rav Kook.

Il est possible que l’état d’Israël ne représente toujours pas l’idéal que nous avions en tête, mais est-ce une raison suffisante pour chercher à détruire soixante années de labeur? Cet état n’a t-il tout de même pas évolué positivement?

Continuons dans notre pragmatisme, rangeons les grands idéauxdestructeurs et n’arrêtons pas notre soutien à l’état qui, en fin de compte,n’est pas si dramatique.

Plus jamais ça?…

 

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